Le parcours

 

En 1961, je suis né à Mons en Belgique et je vis au coeur du Borinage (ancienne région minière au sud ouest de Bruxelles)

J’ai d’abord étudié le dessin dans une école d’arts plastiques et j’ai obtenu une agrégation pour l'enseigner.

Ensuite j’ai étudié la photographie et je suis aussi devenu “Photographe”.

Je pensais que j’enseignerais le dessin et les arts plastiques mais aujourd’hui, contre toute attente et ce depuis 30 ans déjà, j’enseigne la photographie.

Il se trouve que j’adore ce métier; il me permet de partager une passion avec mes étudiants, il me rend heureux et il me laisse pas mal de “temps libre”...

Je mets à profit  ce “temps libre” pour développer une activité personnelle de photographie.

 

Le désir de voyager

 

J’aimais voyager (et j’aime toujours) alors je suis parti un peu partout en Europe ; et puis plus loin encore...

 

Mais j’aimais (et j’aime toujours) la région où je vis alors je l’ai explorée aussi.

J’ai déambulé ici et là, à gauche et à droite, les yeux aux aguets avec ma bonne vieille chambre Linhof, mon Leica et aujourd’hui ma boite noire en fer blanc et/ou en bois qui est percée d’un petit trou dénommé  le “Sténopé” ...

 

Les influences

 

Dans les premiers temps, je cherchais mon “style” et des photographes comme Walker Evans, Paul Strand, Bruce Davidson, Lee Friedlander, Edouard Boubat, Joseph koudelka... m’inspiraient beaucoup.

J’appréciais leurs démarches humanistes, leurs positionnements par rapport aux sujets, le côté réaliste, l’aspect documentaire de l’écriture, le souci qu’ils avaient de rendre compte du détail tout en donnant de l’ensemble une vision claire et précise...

 

En même temps, je m’apercevais qu’ils étaient bien plus que de simples  “reporters ou photo journalistes”.  Je voyais qu’ils savaient aussi introduire dans leurs images une dimension poétique qui allait bien au delà du sujet lui-même. Ils s’exprimaient avec pertinence et légèreté et j’avais parfois le sentiment que la Grâce les accompagnait...

 

Quand j’ai découvert le travail de Raymond Depardon et celui de Bernard Plossu, ce sentiment s’est encore renforcé,  il se dégageait de leurs photographies un souffle tellement puissant que je restais sans souffle !

 

Je me suis évertué à marcher dans les pas de ces grands maîtres. J’ai essayé d’être un observateur contemplatif, comme eux j’ai veillé...

 

Le modèle

 

A différents moments, on a différents modèles.

 

Un jour, j’ai découvert le travail d’Hiroshi Sujimoto et j’ai été bouleversé par la pureté de sa série “Seascapes - Water & Air” : un seul cadrage du début à la fin reproduit à l’identique sur une cinquantaine de photographies, une ligne d’horizon parfaitement horizontale et placée au centre des images, un univers divisé en deux parties égales, l’une vouée à l’eau, l’autre à l’air.

A priori sa démarche entre en contradiction complète avec les règles de l’esthétique et pourtant,  à l’arrivée il se dégage d’elle une force incroyable, une beauté indicible... 

 

Pour son sujet, Hiroshi Sujimoto a arpenté le monde entier avec rigueur, à la recherche du point de vue unique et son désir obsessionnel d’accumuler et de multiplier les prises de vue l’a sans doute habité pendant de longs mois.

 

Que cherchait-il ? Le savait-il seulement ?  C’était plus fort que lui...

 

Je suis tombé en admiration devant la beauté formelle de son travail et j’ai compris que s’il était si fort c’était aussi (surtout) parce qu’il s’inscrivait dans un processus de répétition. J’ai pris conscience ce jour-là que le photographe pouvait s’emparer d’un sujet simple et le porter très haut. Que son intelligence et sa lucidité étaient des clés pour y parvenir et que s’il pouvait faire naître d’un ensemble de parcelles mises côte à côte une dimension plasticienne, c’était véritablement un grand artiste et un magicien et un poète...

 

Aujoud’hui, je n’ai plus de modèle, c’est-à-dire que les modèles, je les ai assimilés et j’essaie de me détacher d’eux et de leurs influences pour me développer moi-même.

J’utilise aussi la photographie numérique car c’est un nouvel outil qui me permet de développer de nouvelles démarches. J’explore des pistes. J’expérimente la photographie en relief et parallèlement à cela je m’aventure aussi dans les procédés alternatifs.

La photographie au sténopé occupe pas mal de mon temps...

 

Mon regard s’est affiné, du moins je l'espère.

Je tente à mon tour et modestement de le rendre pertinent.

Je veille à le faire sans tapage.

J’ai été attentif et exigeant.

J’espère au moins être parvenu à lui donner un peu de sens.

 

Samuel Delcroix